Des feuilles déjà écrite au verso, voir au reco, pliées, un criterium, un stylo publicitaire ("unicef"), un surligneur bleu

Le croquis sans faire d’achats

Quel est le minimum – vraiment minimum et sans achat – à avoir pour commencer le croquis

En gestion de projet, il y a une notion qui s’appelle le MVP (prononcez « aim vi pi ») : le Minimum Viable Product, le produit minimum viable. L’idée est de commencer à développer le produit en priorisant les fonctionnalités indispensables et en retirant tout le reste, puis de lancer une première version dans cet état.

Métaphore souvent utilisée pour expliquer le MVP : une planche et deux roues constituent les fonctionnalités minimales pour tester un appareil qui permet de se déplacer plus vite. En ajoutant un guidon (trottinette), puis ensuite une selle, un pédalier et des grandes roues (vélo), et encore un moteur (moto) et, pour finir, une carrosserie, on a amélioré le MVP jusqu’au produit final : la voiture.
(image par Teemu)

C’est un concept intéressant à avoir en tête quand on se lance dans un projet ou une activité. Plutôt que d’être freiné par différents facteurs – ici, les inquiétudes que vous pourriez avoir sur la qualité du matériel requise, la diversité, la quantité ou encore le prix – je vous propose de vous simplifier cette première étape.

Vous souhaitez vous lancer dans le croquis ? Vous avez lu mon article sur le matériel pour des croquis et ça fait trop pour vous ? Vous ne voulez pas investir, même peu ? Pas de soucis, voici votre MVP pour le croquis :

  • le premier stylo ou crayon ou feutre qui vous tombe sous la main ;
  • le recto de feuilles déjà utilisées.

Je peux difficilement vous faire plus économique 😀

Des feuilles déjà écrite au verso, voir au reco, pliées, un criterium, un stylo publicitaire ("unicef"), un surligneur bleu

Pourtant, ce matériel là est tout aussi pertinent et adéquat que votre carnet le plus chic et une superbe boîte d’aquarelle extra-fine ! Car ce qui compte, c’est de se lancer. Et si, pour vous lancer, vous avez besoin de faire simple, alors c’est tout à fait valable.

(Notez que, si pour vous lancer, vous avez besoin de vous sentir porté⸱e par de beaux produits de qualité, c’est tout à fait valable aussi 😀 )

Et n’allez pas penser que ce crayon et cette feuille sont des « sous-produits » et que vous allez nécessairement produire des dessins de qualité « inférieure ». Le stylo bille, par exemple, est souvent utilisé par des gens avec un très bon niveau pour ses qualités intrinsèques.

Voyez, par exemple, ce détail d’une œuvre de Flo-M ou l’artiste Beus en train de travailler. On est loin du mauvais ouvrier avec du mauvais matériel, non ? 😀

Gros plan sur un dessin fait au stylle bille : on voit une oreille, une chevelure et des animaux (hibou, hirondelle et d'autres oiseaux)
Flo M, Icare (gros plan)
Gros plan sur un dessin en train de se faire : le sujet a d'abord été tracé au crayon et on voit qu'il est en train d'être colorié au stylo bille
Beus en train de dessiner

Un crayon mal taillé peut aussi participer à donner un effet, un caractère à un dessin. Le secret est de vous emparer des spécificités de votre médium et de les exploiter plutôt que de les voir comme des défauts.

Quant-à la feuille, le fait qu’elle soit abîmée, qu’il y a des traces, des pliures, etc. peut tout à fait contribuer à donner du caractère. De plus, cela peut vous servir de point de départ et vous inspirer ; vous pouvez choisir d’intégrer les « défauts » dans votre création.

Ici, Jean-François Renauld a utilisé un stylo dans sa poche et le set de table d’un restaurant touristique. Les petites traces de couleur sur le côté, c’est quand il a utilisé le fond de son café. Tout ce qui vous tombe sous la main peut vous servir d’outil !

Bref, je crois que la seule chose dont vous ayez besoin pour vous lancer, c’est l’envie de le faire. Le matériel viendra, les résultats viendront (oui, vous ne ferez pas du Grand Art dès le début) et, avec le bon état d’esprit, le plaisir lui, sera là dès la première trace 🙂

Je finirai par cette citation de Pierre Soulages (oui, encore lui) où, évoquant un moment où il se sentait contraint par la peinture à l’huile, il a jeté son dévolu sur du matériel disponible, pas cher, simple :

Par impatience, un jour, dans un mouvement d’humeur, muni de brou de noix et de pinceaux de peintre en bâtiment, je me suis jeté sur le papier

– Pierre Soulages

À vos outils !

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