Il y a un épisode de la Bible qui raconte l’histoire de Judith qui a sauvé son village assiégé en séduisant le général ennemi Holopherne et en profitant de son assoupissement pour lui trancher la tête. J’ai toujours beaucoup aimé ce thème dans l’art. L’héroïne, le côté David contre Goliath, la puissance de la représentation (car c’est soit le moment où elle tranche la tête, soit la tête une fois coupée qui sont en général représentés)…

La version présente à l’exposition n’est pas celle-ci et n’est pas de la main d’Artemisia Gentileschi
Artemisia Gentileschi, peintre du XVIIe siècle, est connue notamment pour ce sujet qu’elle a traité plusieurs fois. Dans son cas particulier, il prend une dimension symbolique importante puisqu’elle se serait représentée en Judith suite au viol qu’elle a subi. Fait marquant : il y a eu un procès, intenté par son père, et son violeur a été condamné (bon, elle a juste dû être torturée pendant le procès pour qu’on s’assure de la véracité de ses dires, parce que la justice de l’époque !).
Rajoutons qu’Artemisia est peintre à une époque où c’est rarissime qu’une femme exerce cette profession. Son père, peintre lui-même, la soutien et, par son talent, elle se fera remarquer, obtiendra des commandes des puissants et sera même reconnue par ses homologues masculins, ce qui était, ça aussi, bien rare !
Autre élément rare à l’époque pour une femme : elle est mentionnée comme « chef de famille » dans les archives (elle est marié mais son mari et elle finissent séparés).
Tout ça – plus le fait qu’une amie m’avait offert sa bio1 quand nous n’avions qu’une vingtaine d’années, que je ne la connaissais pas et que j’avais beaucoup aimé ce livre – fait que j’aime beaucoup Artemisia Gentileschi. Quand on y ajoute qu’elle travaille énormément en clair-obscur, influencée par Caravage, elle ne pouvait que me plaire !
Le musée Jacquemart André lui a consacré une exposition et je ne pouvais donc pas manquer ça.
Je savais, heureusement avant même d’y aller, que ce fameux tableau de Judith décapitant Holopherne de la main d’Artemisia Gentileschi n’y était pas, mais qu’il y avait une copie. Le thème était par ailleurs présent plus d’une fois dans l’exposition, y compris de la main de son père, Orazio Gentileschi.






Le musée Jacquemart André a choisi « Artemisia, héroïne de l’art » comme titre de son exposition et c’est probablement avec un pluriel a héroïnes que l’exposition a été pensée. Les tableaux où Artemisia représente des héroïnes, souvent face au masculin, sont largement présents dès le début de l’exposition et une salle leurs est consacrée.
On peut par exemple relever Suzanne qui tente de se dépêtrer de deux hommes venus l’importuner (Suzanne et les vieillards), Cléopâtre, qui choisi de se donner la mort plutôt que de devenir esclave d’Octave Auguste (Cléopâtre), Yaël qui profite d’une ruse pour tuer l’ennemi de son peuple, Siséra (Yaël et Siséra) ou encore la figure puissante de Minerve, représentée avec une sculpture de tête de Gogone (Méduse).






Il était difficile de se trouver un coin pour dessiner un peu, j’ai donc fait très peu de croquis.




Que ce soit dans un sens où dans l’autre, ce sont de bons exercices que je vous encourage à faire 😉
Dans l’ensemble, l’exposition m’a plu. J’y ai trouvé ce que je venais chercher de l’histoire d’Artemisia et de la représentation de la femme face à un monde masculin. Les expositions au musée Jacquemart André sont plutôt chères (18 € plein tarif) et les salles étant petites, on est toujours gêné par quelqu’un ou en train de gêner quelqu’un (et j’y étais en semaine pourtant). Mais je reste tout de même contente de ma visite. Ce sont probablement des tableaux que j’aurais peu l’occasion de voir et puis… Artemisia Gentileschi, quoi ! 😀
Il vous reste trois semaines pour aller la voir à votre tour et me donner votre avis !

Artemisia, héroïne de l’art
Musée Jacquemart-André, Paris
Du 19 mars au 3 août 2025
- Artemisia d’Alexandra Lapierre, éditions Robert Laffont, 1993 ↩︎
Les représentations de Judith décapitant Holopherne, Judith et sa servante par Artemisia, Yaël et Siséra, Esther et Assuérus, Vénus endormie viennent de Wikimedia Commons.
La représentation de Suzanne et les vieillards vient de wikiart.
Judith et Holopherne, Judith et sa servante par Orazio, Cléopâtre, Héroïne et Minerve sont mes propres photos ; désolée pour la qualité, il était difficile d’éviter les reflets.
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