En gestion de projet, il y a une notion qui s’appelle le MVP (prononcez « aim vi pi ») : le Minimum Viable Product, le produit minimum viable. L’idée est de commencer à développer le produit en priorisant les fonctionnalités indispensables et en retirant tout le reste, puis de lancer une première version dans cet état.

(image par Teemu)
C’est un concept intéressant à avoir en tête quand on se lance dans un projet ou une activité. Plutôt que d’être freiné par différents facteurs – ici, les inquiétudes que vous pourriez avoir sur la qualité du matériel requise, la diversité, la quantité ou encore le prix – je vous propose de vous simplifier cette première étape.
Vous souhaitez vous lancer dans le croquis ? Vous avez lu mon article sur le matériel pour des croquis et ça fait trop pour vous ? Vous ne voulez pas investir, même peu ? Pas de soucis, voici votre MVP pour le croquis :
- le premier stylo ou crayon ou feutre qui vous tombe sous la main ;
- le recto de feuilles déjà utilisées.
Je peux difficilement vous faire plus économique 😀

Pourtant, ce matériel là est tout aussi pertinent et adéquat que votre carnet le plus chic et une superbe boîte d’aquarelle extra-fine ! Car ce qui compte, c’est de se lancer. Et si, pour vous lancer, vous avez besoin de faire simple, alors c’est tout à fait valable.
(Notez que, si pour vous lancer, vous avez besoin de vous sentir porté⸱e par de beaux produits de qualité, c’est tout à fait valable aussi 😀 )
Et n’allez pas penser que ce crayon et cette feuille sont des « sous-produits » et que vous allez nécessairement produire des dessins de qualité « inférieure ». Le stylo bille, par exemple, est souvent utilisé par des gens avec un très bon niveau pour ses qualités intrinsèques.
Voyez, par exemple, ce détail d’une œuvre de Flo-M ou l’artiste Beus en train de travailler. On est loin du mauvais ouvrier avec du mauvais matériel, non ? 😀


Un crayon mal taillé peut aussi participer à donner un effet, un caractère à un dessin. Le secret est de vous emparer des spécificités de votre médium et de les exploiter plutôt que de les voir comme des défauts.
Quant-à la feuille, le fait qu’elle soit abîmée, qu’il y a des traces, des pliures, etc. peut tout à fait contribuer à donner du caractère. De plus, cela peut vous servir de point de départ et vous inspirer ; vous pouvez choisir d’intégrer les « défauts » dans votre création.

Bref, je crois que la seule chose dont vous ayez besoin pour vous lancer, c’est l’envie de le faire. Le matériel viendra, les résultats viendront (oui, vous ne ferez pas du Grand Art dès le début) et, avec le bon état d’esprit, le plaisir lui, sera là dès la première trace 🙂
Je finirai par cette citation de Pierre Soulages (oui, encore lui) où, évoquant un moment où il se sentait contraint par la peinture à l’huile, il a jeté son dévolu sur du matériel disponible, pas cher, simple :
Par impatience, un jour, dans un mouvement d’humeur, muni de brou de noix et de pinceaux de peintre en bâtiment, je me suis jeté sur le papier
– Pierre Soulages
À vos outils !

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